Si vous avez suivi les 3 derniers épisodes, vous savez donc que j’ai fait semaine dernière mes deux présentations au nom d’Oxfam sur le réchauffement climatique et la dette écologique. Voici ce que j’ai présenté (clarifions de suite, 99.99% du contenu des planches vient du dossier Oxfam):
Presentation Forum alternatif (cliquez dessus !)
Dans la partie commentaires (qui portent de créativité de ma part), vous avez aussi ce que j’ai lu en parallèle des planches et la dernière planche, je ne l’ai jamais exposée, c’était au cas où quelqu’un aurait des questions sur ce qu’est un gaz à effet de serre ou comment se fait le réchauffement climatique).
Pas de tambour, pas de trompette (en tous cas, pas celles de la renommée), on peut parler de relatif bide vu que j’ai eu respectivement un auditoire de 15 et 20 personnes (mais un seul ami, attention, pas de trucage non plus).
Voici ce que j’ai retiré de cette expérience :
1) un premier public composé d’étudiants, de profs et de 2 jésuites très sympas, tous ces gens ne connaissant pas en détail le sujet. Les réactions sont de l’ordre de la surprise, voire de l’incrédulité, de l’adhésion (“que peut’on faire ?”) et parfois, en contre-coup, du refus (l’appel à changer de modèle par rapport à la société de consommation créant même des rejets du type : “vous dites que tout le monde ne pourra pas avoir une voiture, une télé et un Iphone mais vous allez mettre au chômage ceux qui font des Iphone“). Globalement, si la situation au Sud a emporté l’adhésion (relativement normal, comme quand on montre un petit soudanais en train de mourir et qu’on parle de milliards d’euros à financer par les États, sommes qui n’évoquent pas grand chose pour nos quotidiens et porte-feuilles), c’est la discussion sur les changements de nos modes de vie qui a suscité les réactions les plus vives.
Si certains ont paru décidés à changer (manger moins de viande, moins chauffer, isoler, se déplacer différemment, manger local, bio et de saison, louer/échanger plutôt qu’acheter, acheter d’occasion plutôt que neuf, ne plus prendre l’avion…), d’autres ont réagi vivement par les 2 arguments classiques : “vous proposez un retour à l’âge de pierre” (Robert Hue invectivant Cohn-Bendit) ou “ce sont aux politiques de prendre en main le changement”. S’en est suivie une discussion philosophico-religieuse sur le bonheur pour le premier point (j’ai beaucoup aimé le frère jésuite répondant à la personne préoccupée par les chomeurs ayant fait des iphone : “et bien, nous reprendrons la bêche, monsieur“) et sur ce que sait et peut faire un homme politique concernantle second. A débattre avec chacun d’entre vous à l’occasion (voir plus bas le kit de débat que je requiers)
Toujours est’il que j’ai retenu la conclusion. A la belle question : “Pouvez-vous finir sur une note positive ?”, il m’est venu spontanément de dire que les changements vers un mode de vie plus sobre et écologique étaient des changements qui allaient amener de l’humain, du lien social et du sens (AMAP opposé à Carrefour, voyages lents opposés aux tours organisés, vélos et transports en commun opposés à la voiture individuelle, etc…), ce qui est le grand manque des sociétés de consommation actuelle. Et bien plus je me le redis, plus j’y crois…. religieusement. En effet le corrolaire de cette réflexion est que ce qui nous manque par rapport à nos ancêtres, c’est la spiritualité et je suis de plus en plus convaincu que l’écologie est une religion…et qu’elle est devenue la mienne.
2) un second public composé de bons connaisseurs du sujet (on m’a corrigé plusieurs fois) mais le collectif organisant les ateliers se nommant “Collectif contre la Mondialisation Libérale”, les participants avaient un profil plus politique, dira t’on (mais pas vraiment militants UMPs). Là, pas de surprise, pas de découverte, mais une volonté de contribuer au débat par des interventions muries sur le sujet. Le débat a amené sur la table des questions comme :
- je fais beaucoup d’efforts personnels mais j’arrive en limite de mes possibilités, les étapes suivantes nécessaires (isolation bâtiment, aménagement du territoire et étalement urbain, politiques de transport en commun) ne pouvant être que le fait des politiques. Que faire ?
- le pré-requis à la résolution du problème écologique n’est’il pas de se défaire du modèle économique libéral, celui-ci allant par essence dénaturer les solutions proposées pour en faire des solutions à bénéfice à 2 chiffres (greentech) donc pousser à la consommation rapide, en tous les cas constante donc à l’épuisement des ressources (lithium, uranium, métaux des éoliennes, carbone des avions, etc..) ? On rejoint ici le débat : croissance verte ou décroissance ?
- les PVDs doivent’ils se voir attribuer un objectif contraignant à Copenhague quand leur bilan par habitant reste faible et que les responsables historiques des émissions (UE et USA) ne prennent d’engagements majeurs ? N’ont ils pas le droit de se développer ? (La devise des néolibéraux, en vigueur en ce moment à Copenhague : le développement des autres s’arrêtent là où commence le mien..)
- qu’est que le développement ? (oh putain, la question du bonheur, encore ! mais on s’en fout….)
- nous faut’il un De Gaulle ou un Churchill pour impulser des changements ? Serait-ce même suffisant ? (y’en a même un qui a parlé d’Hitler pour illustrer les politiques de grands travaux. A failli passer par la fenêtre celui-là)
- la France fait la maligne avec ses engagements à -20 voire -30% de réduction pour 2020 mais le fait qu’elle ait réussi à rentrer dans la cible de Kyoto (-8% en 2012 par rapport à 1990) ne vaut rien car si on regarde comment elle a fait, c’est le résultat des industries et des délocalisations alors que le transport, le logement et l’agro-alimentaire continuent d’augmenter donc aujourd’hui la France n’a pas les moyens de ses ambitions.. Est ce qu’on nous ment ? Est-ce qu’on nous spolie ? (non, Arlette n’était pas dans la salle mais je la soupçonne d’avoir de nombreux petits neveux…)
Je ne vous relate pas les conclusions mais suis dispo pour en parler là encore. Le kit nécessaire : plusieurs heures, une bouteille d’Armagnac ou de whisky 12 ans (pas bon pour la planète l’alcool…) et la possibilité de vous faire engueuler le lendemain parce que vous ne gérerez pas les enfants
3) les jésuites sont des gens formidables (oui, c’est moi qui écrit ça…). Pour moi un catho était un curé ou une bigotte versaillaise. Et bien le frère qui avait organisé la conférence à l’ICAM était un trentenaire habillé en jean et polaire qui n’avait que le mot justice sociale à la bouche et qui m’a expliqué qu’un jésuite était quelqu’un qui se concentrait sur le social, se devait d’avoir un emploi civil (lui était éducateur), n’avait pas d’offices religieux obligatoires à célébrer, vivait en coloc avec d’autres frères et devait une fois par an partir 1.5 mois sur les routes sans argent en demandant le gite et le couvert . Lui avait passé 2 ans dans la jungle amazonienne à mettre par écrit une langue qui n’existait qu’oralement et à former les jeunes des populations indigènes jusqu’au bac pour leur permettre d’accéder aux hautes études et devenir avocats ou ingénieurs et ainsi pouvoir se défendre contre les scieries industrielles qui accaparent leurs terres. Moi j’dis quand réaliser l’œuvre de Dieu, c’est ça, alors pourquoi pas… Merci à lui en tous les cas pour l’organisation et le temps passé ensemble
4) est-ce que ce que je fais est utile ? Le premier coup : 15 personnes donc, dont 6 étudiants, 6 profs, la responsable du CDI et 2 frères jésuites. Bilan : des applaudissements mais seulement deux étudiantes qui repartent interrogées et la responsable de CDI qui veut répéter l’opération parce qu’elle a trouvé ça super. Le second coup : 20 personnes. Bilan : une discussion super intéressante pour moi mais que des convaincus/connaisseurs dès le départ. Alors me dit Momo (je dénonce l’ami qui était dans la salle) : faut passer à l’étape d’après, qu’est ce que tu penses de la case politique ? Ça, c’est une bonne question… On en reparle ?
Je finirai cette semaine par un lien vers les dernières news venant de Copenhague, pas très folichonnes. Si vous avez pris le temps de feuilleter la présentation, vous constaterez l’écart entre ce qu’il faudrait faire (planche 9), ce qui se discutait avant la conférence (commentaires de la planche 9) et la tendance d’hier à Copenhague. Je crois qu’il y a définitivement quelque chose de pourri dans l’état de Danemark
Non, je ne déprimerai pas, les étudiantes étaient mignonnes, le déjeuner avec le frère jésuite revigorant et je vais déjeuner avec Maurice lundi pour parler politique. Comme disait Etienne Mougeotte : “De l’humain, de l’humain, de l’humain”. Je vous souhaite une bonne semaine.
Publié par Max 

